Motivations

J'ai été sensibilisé à la question de l'enseignement assez tôt.

Constatant que j'avais un fort appétit pour les mathématiques mon enseignante de troisième, Michèle Mathiaud, a eu l'idée brillante non pas de me donner plus à ingérer, mais de l'accompagner durant les cours de soutien qu'elle donnait. Mon incapacité à transmettre ce qui me semblait ne pas nécessiter d'explications fut une révélation. J'ai alors réalisé qu'on ne comprend en profondeur que si on est capable de le transmettre.

J'ai depuis lors constaté bien souvent la difficulté de la chose. Adolescent, le mélange des sentiments crée bien souvent des barrières involontaires. Mais c'est sans compter que j'ai tenté de partager mes connaissances et c'est tout naturellement que j'ai choisi de ne me présenter qu'aux concours des Écoles Normales Supérieures, avec la ferme intention de devenir enseignant.

Une fois entré, j'ai été poussé vers la recherche. Pourtant j'ai choisi de ne pas me présenter au CNRS, lui préférant les métiers d'enseignement et de recherche, car je sais au fond de moi que ce que je cherche c'est cette étincelle qui s'allume dans les yeux d'un-e enfant quand il ou elle a compris. Je suis donc devenu agrégé-préparateur à l'ÉNS Paris, puis Maître de conférences à l'université Paris 7 - Paris Diderot. Je n'ai pas perdu de vue mes aspirations puisque j'ai commencé par m'investir du côté de la formation (initiale et continue) et du recrutement des enseignants du secondaire.

Par la suite je me suis ouvert vers le partage du savoir en tentant d'abandonner le vocabulaire trop spécialisé : j'ai alors eu la grande chance que Michèle Artigue, directrice de l'IREM de Paris 7, me lance dans l'aventure des interventions en milieu scolaire, que Claudette Lapersonne, directrice de l'IUFM Paris, me permette de venir enseigner à des professeur-e-s des écoles et que Gilles Godefroy, directeur de l'Institut de Mathématiques de Jussieu, me sollicite pour m'occuper de communication en mathématiques. C'est donc au contact des professeurs des écoles, des enfants (principalement de maternelle), des adolescents et du grand public que j'ai pu apprendre à apprendre et à partager.

Alors que j'envisageais de quitter la région parisienne et ses tourbillons pour Nantes et le château des ducs de Bretagne, je me suis tourné tout naturellement vers l'inspection générale. Si le destin n'avait pas encore joué un tour, j'aurais été dès alors professeur en classe préparatoire au lycée Clemenceau de Nantes. Mais le CNRS m'a, au même moment, sollicité pour m'occuper de communication mathématique pour le département MPPU et de collaborer comme chargé de mission auprès de l'ISCC. J'ai donc accepté un détachement au CNRS d'octobre 2007 à août 2009. L'expérience fut riche, tant d'un point de vue interdisciplinaire que de celui de mon implantation dans le milieu de la diffusion de la culture scientifique et technique nantais. Mais l'enseignement me manquait ! J'ai donc palié à ce manque en montant des projets Passion recherche, en m'investissant dans les actions Faîtes de la science, en collaborant au groupe de réflexion pédagogique ECCE.

Le CNRS et les laboratoires de mathématiques nantais ayant décidé de se passer de mes services, tout comme l'université et l'IUFM, je suis donc finalement devenu professeur en classe préparatoire au lycée Clemenceau de Nantes, non sans soubresauts du destin, dont notamment la rencontre de Mireille Génin et la tentation d'aller enseigner à l'ICAM. Je tiens à remercier toutes ces personnes qui m'ont accueilli à bras ouvert et m'ont laissé partir malgré mes engagements vers les horizons de MPSI puis de MP* au lycée Clemenceau.

Je suis donc professeur en classes préparatoires aux grandes écoles, mais je garde l'envie de communiquer à un plus grand nombre ce que je sais des maths, de l'espace de liberté qu'elles procurent, de la créativité qui est liée à cette activité et également des questions difficiles de société qu'elles permettent d'aborder (sans prétendre qu'elles le font mieux que les autres). Je continue donc, quand mon agenda le permet, à intervenir en école maternelle, en école élémentaire, au collège, au lycée, lors d'événements grand public comme la Fête de la science, mais pas seulement. Je rêve de pouvoir porter les maths dans la rue, de mélanger spectacle et maths, de pouvoir trouver des clefs vers le théâtre scientifique et, pourquoi pas ? d'engager les maths dans une aventure comme celle de Royal Deluxe et des Machines de l'île ! Après tout, à Nantes, on a bien le droit de rêver à de telles choses, non ?